Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi …?

Observer un comportement surprenant de la part des étudiants une année, c’est pas grand-chose.
L’observer de nouveau, deux années de suite, c’est étonnant, mais bon.
M’enfin là, ça fait 6 ans d’affilée que je les vois… et ce sont des comportements que je ne m’explique pas DU TOUT.

Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi mes étudiants considèrent que le correcteur liquide est une fourniture fondamentale (ils ont des palpitations quand je leur dis qu’ils peuvent très bien rayer proprement leurs erreurs) mais qu’il n’y a qu’un tube de correcteur liquide pour 5 étudiants dans le groupe ?
Ce qui fait que, qu’on soit en TD ou même en examen, on entend toutes les 30 secondes « Tu me passes ton Tipex ? »
Vous m’avez bien lue, même en examen. Il est bien sûr strictement interdit de communiquer ainsi que de se passer des objets, quels qu’ils soient. Mais on ne résiste pas au besoin souverain de correcteur liquide.
Il n’y a qu’en cours que je n’ai pas de problème. Vu qu’ils ne prennent pas de notes, pas besoin de correcteur !

Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi les jeunes femmes s’asseyent toujours à droite de la salle ?
Dans notre département, nous avons peu d’étudiantEs, ce qui n’a rien de surprenant (mais qui est fort regrettable). Je ne suis pas étonnée non plus qu’elles s’asseyent entre elles, bien que je le regrette aussi. Mais pourquoi faut-il toujours qu’elles se placent sur les rangs de droite ?
Vu comme sont faites nos salles, il y a les fenêtres et les radiateurs à gauche, et la porte à droit. C’est peut-être qu’elles veulent s’éloigner des radiateurs ? ou des fenêtres ? ou être plus près de la porte ? Elles n’arrivent pas avant ni après les jeunes hommes, ce n’est donc pas lié non plus à l’ordre d’occupation des chaises.
Par contre, comme leurs camarades masculins, elles fuient les tables proches du tableau. Là, c’est miné, sans doute.

Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi les étudiants bavardent dès que j’écris au tableau ?
A chaque fois que j’écris quelques calculs au tableau, forcément en leur tournant le dos, j’ai l’impression de rejouer cette scène d’OSS 117 où Hubert joue à allumer et éteindre la lumière pour faire caqueter les poulets. Et dès que je me retourne, c’est le silence.
Visiblement, ils croient fermement que si je ne les vois pas, je ne les entends pas non plus.

Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi les étudiants qui sont si fiers de leur possibilité d’avoir accès à la Connaissance en quelques clics sur internet ne pensent jamais à effectuer une recherche ?
C’est la croix et la bannière pour leur faire apprendre leur cours : puisque tout est sur le net, accessible facilement, pas besoin d’apprendre quelque chose, on pourra toujours le retrouver quand on en aura besoin. Quelque part, ça se tient, je trouve (désolée !). Mais pour retrouver une notion, encore faut-il savoir qu’elle existe. Il faut ensuite savoir la nommer, pour disposer du mot-clé de recherche adéquat. Après leur avoir expliqué cela (et après avoir ajouté que les définitions tombent aléatoirement à l’examen, faut pas  pousser non plus), ils acceptent tout à fait de faire travailler leur mémoire.
Ils sont donc conscients, au moins confusément, des problématiques liées à l’accès au savoir de nos jours, et n’attendent que quelques conseils pour les guider. Pourtant, si j’arrive à les convaincre du besoin d’un socle de connaissance à stocker dans leur disque dur interne portable personnel (je parle du cerveau, pas du smartphone), j’échoue toujours à les pousser à chercher par eux-même.
Il n’y a pas 2 semaines, j’ai lancé une série de TP sur une technologie pas vue en cours, avec un cours écrit à ingérer pendant le TP et la nécessité d’effectuer des recherches sur internet pour compléter. Le travail à effectuer était résumé en quelques lignes, à eux de trouver comment faire. Je ne pensais pas qu’ils seraient aussi perdus. Pourtant, d’habitude, ils savent comment faire, non ? En plein cours, planqués sous la table, quand ils croient que je ne les vois pas, ils arrivent bien à chercher le résultat du dernier match !

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2 commentaires sur « Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi …? »

  1. Je suis entourée de profs de lycée et ils constatent la même chose (à part cette étrange habitude pour les filles de se mettre du côté droit de la salle, ça je ne sais pas si c’est également le cas).
    Pour le blanc correcteur : ils ont souvent été suffisamment humiliés par une partie des profs détestables du primaire et du secondaire pour leurs erreurs. Ils ont appris à en avoir honte, et ne veulent surtout pas que l’on puisse Lire leurs erreurs, par peur d’être moqués et humiliés. Rayer proprement n’est pas une option, parce qu’on peut lire quand même. Par contre pour la pénurie organisée, je ne vois pas trop, à part que ça sèche vite dans le tube.
    Pour les partie de 1 2 3 soleil : ce que les punitions apprennent n’est pas qu’il ne faut pas bavarder mais qu’il ne faut pas se faire chopper. Ils supposent, souvent à raison, qu’ils ne sont pas identifiables à l’oreille. Pas vu = pas pris = pas grave.
    Enfin pour la dernière : malheureusement une majorité des enseignants qu’ils ont eu avant, y compris les jeunes, leur ont répété en boucle INTERNET ÇAY LE MAL et NE CROYEZ PAS CE QUE VOUS LISEZ SUR INTERNET C’EST TOUJOURS FAUX ALLEZ VOIR DANS LES BONS VIEUX LIVRES. La plupart du temps une recherche internet sera automatiquement disqualifiée dans le cadre scolaire. Du coup ils pensent à le faire le reste du temps, mais dans le cadre scolaire c’est tabou.

    Attention je ne dis pas ici que tout est la faute des profs, mais que les élèves sont habitués au fonctionnement de l’institution scolaire, car ceux qui ne l’étaient pas ne sont pas à la fac. Et il ne faut pas le nier, certains profs font beaucoup de mal qui est difficile à défaire. Mais espérer qu’en arrivant à l’université ils oublient 10 à 20 ans de conditionnement et d’habitude, c’est un peu trop optimiste.

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    1. Merci pour avoir pris le temps d’écrire cette réponse si complète !
      Tout ceci me conforte dans l’idée que la transition entre le lycée et le supérieur est très difficile. On arrive très bien à gérer la transition au niveau des pré-requis (on fait simple, on réexplique tout, comme ça c’est fait), mais c’est difficile au niveau méthodologique du fait de l’importante différence de mentalités. J’ai en projet une série de billets sur le sujet, mais je me connais, vu ma fréquence de publication, ça ne va pas venir avant loooooongtemps ! 😉
      C’est une belle formule, les 1 2 3 soleil ! Je la ressortirai ! 🙂 Comme vous disiez, ils ne se croient pas identifiables à l’oreille. Au début de l’année, ils sont même surpris que je retienne leurs noms ! Et que je leur dise ne pas « kiffer » les punitions… L’image qu’ils ont des enseignant.e.s est très stéréotypée et pas du tout à notre avantage : on les considérerait comme du bétail qu’on peut maltraiter à souhait. Les raisons sont sociétales, je pense, mais on arrive assez facilement à les convaincre de notre bienveillance. Heureusement !

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