Réflexions sur le genre dans une réunion d’université

Il y a quelques jours, j’ai eu l’honneur de représenter mon IUT dans une réunion sur le logiciel de gestion des emplois du temps utilisé dans l’université. Il y avait donc le service informatique, quelques grands pontes de l’université (que je n’ai évidemment pas reconnus, j’ai eu l’air d’une cloche), les gestionnaires de la base de donnée et les référents des différentes composantes de l’université (dont j’étais, donc). J’étais dans mes petits souliers, le syndrome de l’imposteur tournait à plein régime.

Et quand la porte s’est fermée, j’ai eu une petite surprise. Il y avait, dans la salle, une majorité de femmes. A l’aise, sympathiques, souriantes, échangeant des « oh là là quel temps » dans une atmosphère feutrée de salon de thé sous le regard bienveillant des quelques hommes présents.

Comprenez-moi, j’exerce dans un labo de physique et dans un département de maintenance. Les réunions de dames, j’ai pas l’habitude ! Même sans aller jusqu’au cas spécifique des domaines industriels, on sait que dans l’ESR, quand on monte en grade, la proportion de femmes diminue : je m’attendais donc à voir moins de femmes dans une réunion où nous avons une responsabilité, avec un rôle de représentation d’une composante.

Qui étaient les personnes présentes ?

  • les pontes de l’université, informaticiens et responsables du logiciel : 4 hommes, 2 femmes
  • les représentants des composantes : 12 personnes dont 11 femmes. A noter que le seul homme était envoyé par le service des sports, avec une femme.

Pourquoi ce déséquilibre parmi les représentants de composantes ? Les directeurs ont-ils tous décidé de briser le plafond de verre et de placer des femmes aux commandes du pilotage d’un outil informatique ? Que nenni.

Les représentantes étaient, selon les composantes, soit du personnel administratif (83,4% de femmes d’après le bilan social du MESR), soit des enseignantes(-chercheuses). Nous étions donc en présence de personnes qui, soit ont un métier administratif, soit se chargent de tâches administrative. Effectivement, le tripatouillage de la base de données de cours est une corvée administrative qu’on refile à la secrétaire ou, à défaut, à une enseignante dévouée.

Le faible nombre d’enseignantes à la réunion ne permet pas de conclure sur notre rôle dans tout ça. Mais j’ai quand même une impression, après 12 ans dans l’ESR (comptées depuis mon stage de M2) : comme il y a une répartition des tâches dans la sphère familiale, il existe une répartition des tâches chez les enseignants-chercheurs. Aux hommes les tâches valorisées (temps donnée préférentiellement à la recherche, responsabilités dans les labos et à la tête des composantes), aux femmes l’implication dans l’enseignement, les rendez-vous interminables avec les étudiants en difficulté, et les corvées administratives. Il n’est pas facile de trouver des preuves. J’ai vu que les femmes passent moins l’HDR et demandent moins la PEDR. Le temps donné aux étudiants est un travail aussi invisible que le repassage. Et puis comment mesure-t-on l’implication ? Un twitto m’a conseillé de regarder les nombres d’heures complémentaires, mais cela se trouve-t-il ?

Evidemment, cela ne veut pas dire que les hommes ne fichent rien en enseignement. C’est juste que je vois, en moyenne, les hommes plus impliqués en recherche, tout en s’acquittant de leurs tâches d’enseignement, et les femmes plus impliquées en enseignement, tout en poursuivant leurs recherches.

Sans aller jusqu’au sexisme le plus violent, on assiste communément à des scènes du style :

  • Sonia, PU, silencieuse en réunion au labo sauf pour poser des questions, gère une formation en veillant à ce que les étudiants travaillent dans de bonnes conditions
  • cet institut où les responsables d’années sont des plutôt femmes, et les responsables de département plutôt des hommes (sauf au département gestion)
  • Laura, MCF recrutée depuis 5 ans, dit qu’elle ne pourra jamais passer prof vu qu’elle a trop de responsabilités en enseignement et fait des heures complémentaires

Dès que l’on pense en termes de genre, cette situation n’a rien d’étonnant. L’orientation des femmes par réflexe vers l’enseignement qui relève du care, et des hommes vers la recherche où ils peuvent être performants ainsi que l’autocensure des femmes dès qu’il s’agit de courir les responsabilités sont largement documentés. Nous tenons la maison et prenons soin des enfants, ces messieurs ramènent des publis.

Moi qui étais toute fière d’avoir réussi à faire taire le syndrome de l’imposteur pour prendre une responsabilité… Je suis un peu déçue…

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